Ca y est, nous l’attendions : il est sorti … ou presque ! Le fameux Plan Banlieue, qu'on dénomme à tort Plan Marshall...
Celui que nous, habitants des quartiers, attendons depuis 30 ans...
Celui qui devraient apporter les solutions aux malaises économique et social de nos quartiers oubliés...
Celui qui suscite une bonne dose d'espoir et qui déclenche un battage médiatique comme sait si bien le fairenotre Président de la République ! Malheureusement, les premiers contours ne sont pas à la hauteur de nos attentes.

Une nouvelle fois, on retrouve les éternels constats : Le logement inadapté, la pénurie de transport, l’éducation de basse qualité, chômage anormalement élevé. Au moins, sur le constat, il y a consensus. Pour peu que les habitants des banlieues l'aient oublié, le Plan et Fadela Amara sont là pour nous rafraîchir la mémoire !

Mais reprenons les axes en détail :

Sur le logement : Borloo avait déjà mis en route la machine à restructurer. La misère sociale verticale est désormais horizontale : c’est plus joli de l’extérieur mais les fins de mois sont toujours aussi dur dans les maisons à 100 000 euros. L’accession sociale à la propriété est une bonne chose mais largement insuffisante.

Sur le transport : je ne pense pas que le retour des bus publics soit la solution la plus adaptée et la moins chère pour le contribuable. Je suis professionnel du secteur puisque j'ai créé une des toutes premières sociétés de taxis collectifs, et je suis favorable à la préconisation de Jacques Attali : permettre à des personnes habitants le quartier de pouvoir exercer la profession de transporteur collectif dans la limite d’une voiture …. L’Angleterre et l’Irlande sont déjà passer par là !

Sur la venue de l’ANPE dans les quartiers : j’aurais préféré découvrir des solutions pour renforcer la présence d’entreprises dans les quartiers. J'aurais aussi aimé qu'on renforce les contrôles des entreprises bénéficiant des exonérations zones franches mais qui curieusement refusent d’employer des personnes issues de ces quartiers. Et puis surtout, j'attendais des mesures facilitant l’installation d'entreprises qui par leur taxe professionnelle permettrait à des communes pauvres de remplir leurs caisses. Là encore c’est significatif : psychologiquement le chômage, perçu comme un échec, vient désormais s’institutionnaliser au pied de l'immeuble.

Quant à la mise en place du chinois, grec et autres langues rares, c'est certes une bonne idée pour compenser en partie la remise en cause du système de la carte scolaire qui désavantage complètement ceux qui sont issus de nos quartiers. Mais ne mettons pas "la charrue avant les boeufs" ! N'est-il pas plus important de commencer par agir sur la formation des professeurs et sur l’affectation dans nos quartiers de professeurs mieux formés et plus expérimentés.

Pour créer une élite de banlieue, nul besoin d'un énième Plan ! Seul l’action et le concret compte. Nous sommes nombreux à ne pas avoir attendu un plan pour travailler sur les valeurs d’excellence, sur le rêve et l’espoir de réussite par le travail, l’économie, l’éducation, le sport ou la politique. Le dispositif "Sciences Po", le combat pour la diversité dans les entreprises et les partis politiques, la valorisation active de la création d’entreprises et du développement économique : voilà des démarches concrètes qui commencent à porter leurs fruits !
Mme Amara pourra t-elle accélérer le mouvement ? J’en doute car où le Gouvernement trouvera t-il le milliard demandé et non budgété dans une situation économique aussi dure et des caisses qui n’ont jamais été aussi vides.

Je ne me fais aucune illusion, la banlieue émergera d’abord par ses habitants.

Une fois encore, ce Plan banlieue est un plan sur la comète qui développera de nouvelles frustrations à la hauteur des espérances qu’il aura créées.

Aziz SENNI

Fondateur du fond d’investissement BAC http://www.scr-bac.fr/

Auteur de « l’ascenseur social est en panne, j’ai pris l’escalier »